Lettre n°1

Un nouveau jour est entrain de naître, les premiers rayons de l’aube prennent la place de l’obscurité apaisante de la nuit. Une nuit qui a été longue, une nuit où le sommeil m’a fait défaut. Une nuit, où en sculptant cette prose je me suis efforcé de renier un sentiment que depuis quelque temps me hante. Un sentiment que je repousse de toute la force que me procure ma raison. Un sentiment qui a des raisons que LA raison ignore. Cette raison qui me suggère que c’est vain que c’est un caprice dû a ma nature profonde.
J’ai des projets, des rêves que je veux concrétiser. Je veux absolument réussir comme pour me détacher de la médiocrité qui m’horrifie. Une médiocrité que je me suis appris à détester. J’aime à croire en ma destinée, une sorte de mission dont je suis chargé. C’est ce qui me donne la force de croire en moi, en mes compétence, mon potentiel. Je crois peut être en une chimère. Un tissu de mensonges que j’arbore pour faire face a une réalité plate et accablante.
Je regarde autour de moi dans mon petit monde. J’essaye de le comprendre de le décrypter. Une chose parmi tant d’autres me laisse perplexe. La misère!
En Indonésie, des gosses de seize ans vivent et travaillent dix-neuf heures par jours et onze mois par an sur des îlots artificiels en pleine mer pour dix-sept euro par mois!! Ils endurent la faim l’exploitation et n’ont ni vie sociale ni même le droit de rêver !! ils quittent leur familles leur amis et renoncent à leur enfance pour survivre. Ils sont obligés de vendre leur liberté et renoncer à leur humanité pour dix-sept euro... C’est loin d'être un cas isolé, je le sais. Mais qu’es ce que cela veut bien dire? Sont-ils moins méritant? Sont-ils plus insignifiants? Je ne suis sûr que d’une chose; c’est que j’ai du mal rien qu’en m’imaginant évoluer dans un monde tel que le leur!!
Je me pose une question: Dois-je me résilier à me contenter d’une vie stable et préalablement planifiée? Ou, au contraire, dois-je la risquer en poursuivant un idéal que je me suis fixé sans pour autant l’avoir cerné?
J’ai entendu dire que nous planifions nos vies comme pour les peindre. Le problème est que la vie nous impose le choix des couleurs!!
· Doit-on réussir sa vie ou vaut-il mieux en profiter?
· N’est-t-il pas possible de faire triompher une ambition farouche d’une réalité accablante?
· Quel est le plus court chemin vers le bonheur?

* * *

Le bonheur... C’est ce que j’entrevois à travers ses yeux. C’est ce que je ressens quand je suis en sa présence.
Elle hante mes nuits. Elle occupe mes pensées. Dans ma vision, son portrait se superpose à la réalité, comme du calque sur du papier. Je vois son visage partout ou je pose mon regard, elle altère ma réalité.
J’aimerai tant, mieux la connaître, la découvrir, la transcender. Mon plus vif désir et de faire partie de sa vie et l’impliquer dans la mienne. Partager le quotidien avec ses joies et ses peines. Faire équipe contre le destin. Fusionner nos êtres pour ne faire plus qu’un.

Mon bonheur c’est ELLE.

7 pensée(s):

campala_city a dit…

Amour quand tu nous tient..

Raphaël Zacharie de Izarra a dit…

ELOGE DE LA MEDIOCRITE / PROCES DE L'INTELLIGENCE

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ELOGE DE LA MEDIOCRITE

J'aime la médiocrité. Conspuée par l'ensemble des hommes, la médiocrité est un refuge à portée de main, d'esprit. A portée d'homme.

A ma portée.

La médiocrité ne m'effraie point, au contraire. Je la recherche, la cultive, la savoure comme du pain jeté à terre. Les sots la fuient comme la peste. Les médiocres du monde entier eux-mêmes feignent de la mépriser. Pourtant la médiocrité n'est-elle pas le ciment universel de l'humanité ? Tous les hommes de bonne volonté devraient se reconnaître à travers la médiocrité au lieu de se jurer mutuellement de n'être pas liés entre eux par cette caractéristique fraternelle... Hélas ! La médiocrité est le patrimoine humain le plus décrié, l'héritage universel le moins apprécié...

Entretenir la médiocrité est l'apanage des penseurs modestes proches des vérités quotidiennes, débarrassés du poison commun de l'orgueil. C'est surtout une manière de briller autrement. Les beaux esprits aiment leur médiocrité. Luxe des belles gens, la médiocrité revendiquée, affichée, portée aux nues est une gifle hautaine assénée à tous les petits coqs infatués de leur plumage crotté qui clament sans crainte du ridicule n'être point médiocre, ne pas l'aimer, la fuir...

La médiocrité protège souverainement ses adeptes des fausses certitudes. Elle les préserve de bien des tempêtes, certes éclatantes mais inconfortables. La médiocrité est un fauteuil percé dans lequel aiment à se laisser bercer les gens persuadés d'être à leur place.

Je suis un médiocre convaincu : je dîne au rabais, me contente des petites pluies passagères, pioche au hasard de la vie, prends garde à mes pieds pour économiser mes semelles, fais les choses à moitié de peur d'aller trop loin, suis mitigé dans mes avis les plus manichéens, tiède avec mes ennemis, partagé entre coeur et raison. Je suis tellement à mon aise dans ma médiocrité que non seulement je ne sens nullement le besoin d'aller voir ailleurs mais en plus, fierté des âmes humbles (beaux esprits par définition), j'éprouve le besoin de communiquer à la terre entière mon bonheur d'être médiocre.

Louis-Ferdinand Céline

PROCES DE L'INTELLIGENCE EN TROIS TEXTES

1 - Défense de la sottise

La sottise est le dernier rempart efficace contre la suprématie inique des beaux esprits qui ne gagnent leur cause qu'avec la lâche, fourbe, insidieuse subtilité de leur pensée.

L'intelligence est torve, sinueuse, secrète. La sottise est franche, directe, claire. L'intelligence aime les énigmes, se complaît dans le mystère, se masque avec éclat. La sottise méprise l'obscurité, fuit l'hermétisme, se dévoile sans ambages. La sottise n'a rien à cacher, rien à prouver, rien à vendre, tout à perdre. Donc rien à gagner. L'intelligence caresse, séduit, convainc avec des fioritures de langage. La sottise cogne. Elle n'use d'aussi vains détours indignes de tout bon sot qui se respecte.

Le sot aime les carottes, les navets et les soupes chaudes. Le bel esprit ne se préoccupe que d'affaires qui ne se mangent pas. Et qui vient se plaindre de crever de faim quand vient la bise ? Le sot ne porte pas le regard plus loin que son sillon. Le bel esprit le raille. Et qui vient crier famine l'hiver venu ? Le sot n'argumente pas, il frappe. En cela les faits lui donnent toujours raison, la loi en vigueur ici-bas étant celle du plus fort.

Les sots ignorent l'alchimie étrange de la terre mais eux au moins y font pousser patates, poireaux, tomates. Les sots ne savent rien des mystères cosmiques, mais ils ont de quoi tenir l'hiver. Ils n'ont rien dans la tête mais tout dans les poings.

Les sots n'ont pas d'amis mais plein de bois pour leur feu. Ils sont seuls mais heureux de l'être. Ils sont dépourvus d'intelligence et sans malice, sans ironie, sans vanité peuvent s'en vanter.

Louis-Ferdinand Céline

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2 - Éloge de la bêtise

Je chéris et loue la bêtise. La bêtise est une haute qualité, une authentique vertu, le rempart absolu contre la souveraine et tyrannique intelligence qui l'écrase, la méprise, la persécute. La bêtise est l'apanage de ceux qui sont totalement dépourvus d'intelligence, et qui sont par conséquent remplis de saines certitudes, d'inébranlables convictions, de salutaires illusions. La bêtise empêche de trop penser, elle pousse à l'action irréfléchie. Elle éloigne et préserve fatalement l'être de la pensée stérile, creuse, futile.

La bêtise rend toujours heureux tandis que la réflexion angoisse. La bêtise résout tous les problèmes de la pensée en éliminant tout simplement la pensée. Le penseur se crée des problèmes, l'intelligence est inconfortable parce qu'elle pose des questions embarrassantes à l'homme. Les gens intelligents se posent toujours des questions insolubles. Alors que les gens sots ne se posent tout simplement pas de questions : voilà le secret de leur bonheur.

Les gens stupides cultivent leur jardin sans plus se poser de questions. Les gens intelligents se préoccupent plutôt du temps qu'il fait au-dessus de leur tête bien faite et en oublient totalement leurs activités horticoles. Ils s'y désintéressent parfaitement, préférant se torturer l'esprit avec des choses qui, aux yeux des gens bêtes, n'en valent pas la peine.

D'où la supériorité de la bêtise sur l'intelligence qui force l'heureux élu à cultiver son jardin. Et avec coeur encore. Alors que l'intelligence ne fait rien pousser du tout sous les pieds de ses victimes bien pourvues.

Louis-Ferdinand Céline

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3 - Encore un éloge de la bêtise

La bêtise est le privilège de ceux qui ne sont pas habités par la vaine et méprisable intelligence.

L'intelligence, ce vernis de l'esprit... Cet habit d'apparat hautain et superficiel, cet artifice cérébral indigne de l'Homme, cette pollution mentale qui dénature si bien les pensées et met plein de mollesse dans le cerveau à la manière des substances nocives que l'on nomme héroïne, cocaïne, Marie-Jeanne... L'intelligence est un poison dangereux et la bêtise est son naturel antidote.

L'intelligence empêche l'action, elle freine l'instinct et la saine pensée primaire. L'intelligence oblige les gens à penser de plus en plus et donc à faire des études, à se lancer dans la recherche. Elle excite la curiosité et génère maintes questions aussi difficiles qu'inutiles. En un mot l'intelligence pousse à la réflexion et de par ce fait empêche de vivre. Il est tellement plus agréable, plus facile de ne point penser et de se laisser guider par l'instinct, l'ignorance, l'innocence, ou par l'autorité ecclésiastique, politique, syndicale...

Obéir sans penser, n'est-ce pas l'assurance de ne jamais commettre d'erreur par soi-même ? Jamais de remords avec la bêtise, puisqu'elle excuse à peu près tout. Alors que l'intelligence est au contraire un facteur de responsabilités pénales, morale, professionnelle. Plein d'ennuis en perspective avec l'intelligence...

La bêtise heureusement empêche le développement de la pensée : c'est le confort de l'esprit par excellence. La bêtise est l'apanage des authentiques esthètes soucieux de leur qualité de vie.

Louis-Ferdinand Céline

Texte réunis par Raphaël Zacharie de Izarra
2, Escalier de la Grande Poterne
72000 Le Mans
FRANCE
Tél : 02 43 80 42 98
raphael.de-izarra@wanadoo.fr

Anonyme a dit…

Zyed, ce que je viens de lire m'a touché énormément, j'aime beaucoup, et j'ai l'impression que tu parles de ta mère, à moins que je fasse fausse route.
Continue, ne t'arrête pas, c'est vraiment bien. J'espère que tu iras loin, bien loin dans ta vie, tu le mérites vraiment. Maintenant que j'ai l'adresse de ton site, je serez toujours au rendez vous, à attendre tes écrits avec impatience. Bien à toi. Myriam

Raphaël Zacharie de Izarra a dit…

DOUZE HISTOIRES ETRANGES PAR RAPHAEL ZACHARIE DE IZARRA (raphael.de-izarra@wanadoo.fr)

1 - L'INTRUS

Chaque soir un homme étrange s'invite chez moi. Vers minuit je l'entends monter l'escalier du couloir. Il frappe toujours trois coups secs à la porte. Je lui ouvre et tout simplement il vient s'asseoir à ma table, sans un mot. Il attend. Et ne repart qu'une fois avalé son bol de soupe, sans un remerciement. Le seul moyen efficace que j'ai trouvé pour qu'il ne s'attarde pas trop sous mon toit, c'est de lui servir son dû. Vers vint-trois heures je lui prépare donc sa soupe, tous les jours. Et j'attends.

Qui est cet étranger aux allures énigmatiques que je ne connais pas et qui tous les soirs vient réclamer sa soupe en silence ? Me connaît-il ? Est-ce un méchant revenant ? Un ange déguisé en mendiant désireux d'éprouver les vivants ? Le Diable ? Ou plus banalement un pauvre hère qui aurait trouvé la bonne combine pour se remplir le ventre à moindre frais ? Depuis un an que dure ce manège, je n'ai aucune explication.

Au début j'ai bien tenté de l'interroger sur ses origines, son nom, ses desseins... Mais il parle très peu. Il m'a seulement répondu qu'il était un homme, qu'il était là et qu'il désirait un bol de soupe. Et c'est tout. De temps à autre il émet des réflexions mystérieuses qui me laissent dans une grande perplexité. Par exemple un soir, entre deux gorgées de soupe, je l'entendis murmurer :

- "Ce soir est pleine la coupe. Cette soupe, c'est mon sang."

Ces allusions christiques me firent penser un moment que j'avais affaire au Crucifié. Mais aussitôt après il ajouta :

- "Le roi a perdu son bouffon, je trempe ma girbette dans l'eau de mon bol."

Il fallait chercher ailleurs une explication à sa présence. Après de telles paroles l'identité de mon hôte n'était pas simple à établir... Grave et saugrenu, burlesque et impénétrable, absurde et mystique, tel apparaissait le mangeur de soupe. Contrastes déroutants qui ne me permirent jamais de connaître la vérité.

Ce soir mon invité sera là. Il frappera à ma porte, entrera, s'assoira devant son bol chaud. Il repartira aussitôt dans la nuit sans prononcer un mot, ou alors quelques paroles sibyllines, profondes et cocasses. Puis j'irai me coucher, ne me fatiguant plus à chercher une explication à cette énigme qui, me semble-t-il, durera jusqu'au jour de ma mort.

Raphaël Zacharie de Izarra

2 - LE VISITEUR

J'étais jeune à l'époque. Il frappa à ma porte. Minuit venait de sonner. Il est entré avec son chapeau miteux, sa vieille canne, ses chaussures usées, son air affligé. Je lui désignai un tabouret dur. Il me restait un croûton de pain, du vin aigre, des pommes âcres. Il mangea sans se plaindre. Silencieux, il interrogeait la chandelle du regard. D'où venait-il, qui était-il ? Un pauvre diable d'homme. Une bien mystérieuse compagnie...

Je le questionnai sur ce qui l'avait amené jusque dans ma demeure perdue au milieu de la campagne, au coeur de la nuit. Dehors on entendait le vent, les cris de chouettes. La charpente du grenier grinçait sous la bourrasque. Il mangeait. Sa canne lisse portait la marque des ans. Des siècles eût-on dit... Je répétai ma question. Lui, continuait de manger. Le vent sous la porte faisait danser la flamme devant mon hôte, et les ombres mouvantes sur le mur me rappelaient quelque mage, prince ou messie.

Après avoir répété trois fois ma question je me tus, comprenant qu'il ne me répondrai pas. Je le laissai finir son repas de misère. Il but le vin lentement sans faire la grimace puis se leva, l'air plus triste encore. Avant de partir il m'adressa un regard profond et étrange qui me bouleversa.

La porte s'ouvrit sur la nuit. Il disparut dans le noir. Cette nuit-là je suis resté tard à veiller, seul avec mes pensées, perplexe, troublé. Aujourd'hui encore, alors que je suis bien vieux, je me demande qui était cet énigmatique visiteur de la nuit qui a continué à hanter ma mémoire tout au long de ma vie et dont jamais, jamais je n'ai pu oublier le regard.

Raphaël Zacharie de Izarra

3 - PETITES TERREURS DU DIMANCHE

Je pénètre dans la cour de la maison abandonnée. Tout est triste et serein. Comme un animal crevé, la demeure a desséché : toit de chaume troué, murs fissurés, installations électriques rouillées, portes béantes. Un lieu coupé du monde. Au milieu de la cour, éventrés, des vieux matelas fangeux dégageant une odeur âcre. Le soleil d'été ajoute de la mélancolie aux lieux, une atmosphère paisible.

Soudain, une sonnerie de téléphone !

Je pousse la porte de la pièce d'où émane l'alarme stridente. Au milieu de la pièce, gisant par terre, un vieux modèle de téléphone, le fil coupé. L'appareil sonne tout seul. Je décroche :

- "Al... Allô ?" balbutié-je, interloqué...

Dans l'écouteur, une voix suraiguë, excitée, sardonique me répond :

- "Allô, bonjour Raphaël ! Alors comment tu la trouves la maison des six-vents ?"

Je lâche aussitôt l'écouteur et m'enfuis, épouvanté ! Mais la porte un instant plus tôt éventrée, ouverte aux vents et aux visiteurs s'est transformée en un épais couvercle de cercueil qui me barre la route. La poignée est en or. Qui plus est finement ouvragée... Peu importe ! Impossible de sortir. Un feu s'allume spontanément dans la cheminée. Dans la flamme un visage se forme, insoutenable. Ses yeux me fixent, et le sourire qu'il m'adresse est indicible. Je détourne le regard. La flamme à présent ricane d'une voix sonore. Sur l'étagère de la cheminée, un bébé pleure : en fait c'est une vieille poupée démembrée qui geint. Ou qui rit aux éclats, comment savoir ? M'adressant à tous les fantômes qui m'entourent :

- "Que me veux-tu poupée du Diable ? Et toi tête infernale, cesse tes ricanements imbéciles, détourne ton regard atroce !"

Et voilà que le téléphone me répond... La sonnerie reprend, plus terrible que jamais. L'appareil fait résonner la pièce de ses clameurs perçantes. S'y ajoutent des rires, des hurlements, des éclats de toutes sortes émanant des murs, de la cheminée, des fenêtres closes. Et le visage dans le feu qui fait des grimaces monstrueuses... Il fait sombre dans la pièce, mais bientôt le feu jette des lueurs horribles sur les murs décrépits. Le visage étrange et pervers se projette sur le couvercle du cercueil qui fait face à la cheminée. La poupée démembrée tourne la tête vers moi, et de sa voix ridicule et effrayante :

- "Raphaël, je te propose une partie d'échec ! Le perdant sortira d'ici libre, le gagnant se retrouvera dans la cave de cette demeure... Si tu me libères de cette maison, c'est toi qui sera à ma place sur la cheminée, et moi, moi je courrai les vents dans les champs, les champs, champs, champs-champs... Et tu vois le feu, le feu des vents de la radio qui met en pleurs tes angoisses, et de la chaise montante qui descend et roule-roule ses roulettes enrayées aux fleuves amers et les mers des mêmes mémés mortes à même d'émettre mes mètres aux maîtres d'acier..."

Je mets fin aux propos incohérents de la poupée en la fracassant contre le mur. Sa tête éclate dans un bruit spongieux. Du "sang de poupée" éclabousse la paroi moisie. Une idée me vient : avec le doigt, fébrile, j'écris en rouge sur le couvercle du cercueil qui me barre toujours le passage : OMAR, OUVRE TOI !

En un instant je suis dehors, en plein soleil. Silence total. Pas un bruit. Le couvercle du cercueil a disparu. Tout est redevenu comme si rien ne s'était passé. Je repars comme je suis entré : à pas feutrés. Comme si rien ne s'était passé, décidément...

Derrière moi la maison abandonnée gît sous le soleil d'été, muette, paisible, presque anodine. Je me retourne : vraiment, rien ne semble s'être passé sous ce toit effondré aux murs lézardés. Mais je n'ai pas rêvé. Les fous et les romantiques croiront s'ils le veulent à mon histoire, les autres riront, mais pour ma part je préfère encore ne plus y songer et laisse à qui voudra le résoudre le mystère de la maison abandonnée.

Raphaël Zacharie de Izarra

4 - UNE VISITEUSE

Un soir on a frappé à ma porte. J'ai ouvert en hésitant un peu car les douze coups de minuit venaient juste de sonner. Une étrangère au teint blafard et au sourire ravageur est entrée. Elle s'est invitée d'elle-même non sans une certaine désinvolture. A peine passée le seuil de ma porte, l'hôte indésirable m'a aussitôt tenu un discours sans ambages :

- Raphaël, je suis venue te chercher. Le glas a sonné pour toi. Viens donc contre moi que je t'enlace, t'embrasse, te serre dans mes bras d'airain, avant de me suivre jusqu'au fond des ténèbres.

- Madame, qui que vous soyez, souffrez qu'à une heure aussi indue je n'aie pas l'intention de suivre la première mendiante venue. Passez votre chemin, vile séductrice, et ne vous avisez plus de m'importuner. Adieu !

Mais elle a tant et si bien insisté qu'elle est restée. Et nous avons passé ensemble la nuit. Ricanante, laide et perfide, mais d'un charme venimeux, elle m'a tenu tête, tentant obstinément de m'attirer à elle.

- Raphaël, vois mes belles dents blanches. On m'appelle la Ricaneuse et ça n'est pas pour rien. Ne les trouves-tu pas à ton goût, mes belles dents blanches ? Mon sourire est irrésistible, inextinguible, éternel.

- Et mortel !

- Certes.

- Madame, s'il est vrai que l'on vous appelle habituellement la Ricaneuse, permettez que je vous nomme à mon tour la Crâneuse car il me semble que vous avez bien des atouts de ce côté-là.

- Raphaël, si tu ne veux pas de moi, moi je veux absolument de toi. Et il faudra bien que tu finisses par agréer à mes vues, aussi austères soient-elles. Je sais que je ne te plais pas. Mais toi tu me plais. Tu seras à moi cette nuit-même, et je t'emporterai dans mon royaume.

- Vous êtes bien laide Madame, mais il est vrai que votre laideur est belle à regarder. Eh bien soit ! Je consens donc à partager avec vous ma couche, puisque vous êtes si persuasive. Mais je vous préviens, demain dès l'aube je ne veux plus vous revoir. Vous repartirez sans faire d'histoire, ni sans rien me demander. Faites-m'en la promesse ici.

- Je puis te faire cette promesse maintenant Raphaël, car avant l'aube je sais que tu seras à moi pour toujours. La question ne se posera donc plus.

- C'est ce que nous verrons, amoureuse maudite !

- Tu seras à moi te dis-je. Le risque est nul pour moi en te faisant une si ridicule promesse, puisque je serai de façon certaine la gagnante et tu seras le perdant. Ignorerais-tu donc mon pouvoir ? Ceux qui s'étendent en ma compagnie ne se relèvent en général jamais. Cette nuit tu t'endormiras dans mes bras sans même t'en rendre compte. Ton dernier sommeil sera doux : ma caresse fatale sur ton coeur sera insidieuse, imperceptible. N'oublie pas que j'agis toujours à la manière d'un voleur. Sans jamais avertir, sans un bruit, sans un mot. A pas de velours.

- Et moi je vous dis que vous ne m'emporterez pas cependant.

- Tais-toi donc pauvre prétentieux, et fais-moi une place dans ton lit.

Nous avons donc froissé les draps ensemble, la Camarde et moi. Mon amante était décharnée de la tête aux pieds et sa chair était sèche et froide. Ses doigts osseux étaient un supplice sur mon corps. Son haleine sentait le caveau et ses gémissements de plaisirs étaient rauques comme les soupirs d'un moribond. Mais je suis resté jusqu'au bout avec l'odieuse maîtresse. Son étreinte était dure et glacée comme le marbre, ses caresses étaient âpres et aiguës comme les cailloux, ses baisers étaient lugubres et morbides comme un chant sépulcral.

Les ébats nuptiaux furent affreux.

Mais je lui avais donné tant et tant de plaisir, à cette catin du diable, qu'elle en avait redemandé toute la nuit durant. Encore et encore. Et bien que l'aube arrivât déjà, ivre de voluptés et avide de nouveaux plaisirs, la sinistre amante m'enlaçait encore, oubliant la raison primordiale de sa visite.

Ma ruse avait réussi.

- Le soleil s'est levé, partez maintenant, puisque vous me l'avez si bien promis. Et que je ne vous revoie plus avant longtemps !

Et la Mort dut tenir sa promesse.

Raphaël Zacharie de Izarra

5 - UN CADEAU POUR LA CAMARDE

Madame la Mort aux beaux yeux noirs m'a prêté sa faux, sa belle faux sonore qui crisse quand elle tranche. Avec cet instrument jardinier magistral, j'ai eu l'idée de raser les herbes folles qui s'élèvent hardiment de mes terres : ronces des concessions, chaînes du quotidien, épines du prosaïsme, vanité du paraître. Je dois couper tout cela. Rien ne doit dépasser ma cheville.

Il faut que je sois le maître chez moi. Il me faut soumettre à ma loi la flore que je foule. Du matin au soir, tout doit donner l'impression que je domine. Sous le poids inconsidéré de mon ombre qui passe, la tige pimpante ploie jusque dans la poussière. Si elle a l'audace, la folle, d'ériger la tête, impitoyablement je la lui ôte.

Madame la Mort m'a prêté sa belle faux qui crisse, et j'ai mis un peu d'ordre sur mes terres. Toute la sainte journée mon bras a fait sa besogne. Arpentant des heures durant les étendues de mon domaine, j'ai amassé l'herbe rebelle vaincue par le fer justicier. De ce foin de géhenne j'ai fait une meule. Puis j'ai engrangé.

Et le jour ou légitimement Madame la Mort est venue reprendre son outil, me demandant au passage de prendre ma vie, au lieu de lui remettre cette dernière, trop chère à mes yeux, je lui ai fait don de mon ivraie. J'ai côtoyé la grande Dame et me suis montré plus rusé qu'elle : je l'ai regardé repartir croulant sous le poids de mon offrande.

Depuis ce jour Madame la Mort aux yeux si noirs, si profonds ne m'a jamais plus importuné. Je ne songe plus aux ronces : emportées par la Faucheuse ! Exorcisées !

Voilà pourquoi aujourd'hui je suis encore de ce monde, plus vivant que jamais, le coeur léger. Plus fort que la mort, plus fort que les rêves qui se brisent contre la dureté du quotidien, c'est l'amour que je porte aux étoiles.

Raphaël Zacharie de Izarra

6 - L'HÔTE DU MARECAGE

L'automne était flamboyant.

La flore aux teintes chaudes dégageait des senteurs séminales. Partout l'or triomphait, ses reflets sauvages se mêlant avec éclat au terreau profond. Les artifices d'octobre embrasaient ciel et terre.

Aux abords d'un marais je m'égarai exquisément, humant l'humus fécond, l'âme bercée par ce paradis de feuilles mortes. La glorieuse agonie des éléments m'enchantait, je succombais à ses charmes. J'étais sur le point de tomber en pâmoison quand...

Quand les joncs remuèrent.

Une tête hideuse sortit des flots. L'épouvante me gagna. Avec sa face horrible, ses cheveux comme du foin, ses yeux pareils à des yeux de loup, son allure ogresque, ses poils de garou et ses halètement d'ours, l'être lentement s'approcha, ruisselant de vase.

Pétrifié d'horreur et tout à la fois incrédule devant ce géant issu de l'onde fangeuse, le doute traversa mon esprit. Je ne rêvais point pourtant. Ce génie velu était bien sorti de l'étang. La créature toutefois se révéla bien inoffensive. Craintive, voûtée, comme écrasée par sa propre déchéance, la bête semblait suppliante. Chose étonnante, devant son attitude misérable mon effroi peu à peu s'évanouit. J'eus bientôt pitié de ce titan au poil trempé de boue qui me tendait la main. Je sortis de ma besace quelque quignon de pain. Il le prit avec un air de profonde reconnaissance avant de disparaître aussi vite dans les eaux troubles.

C'était il y a vingt ans. Depuis je n'ai plus jamais revu le monstre solitaire. Mais à chaque automne je relève de mystérieuses traces de pas aux alentours du marécage. Aujourd'hui encore j'ignore qui était cet énigmatique habitant du marais, je sais cependant qu'il est toujours là, qu'il hante les lieux à chaque saison, errant entre les joncs tel un intemporel pénitent en quête de je ne sais quel salut.

Raphaël zacharie de Izarra

7 - UN PIED DANS L'INFINI

J'errais parmi les tombes, le coeur léger, les semelles pleines de terre. Une ondée venait de laver les marbres qui luisaient sous quelque rayon d'avril. Nulle âme dans le vieux cimetière, pas un bruit, juste une brise et quelques flaques argentées au soleil qui par moments m'éblouissaient.

Je marchais, tranquille. Mes pas sereins sous les restes de pluie faisaient des clapotements cristallins dans cet univers de pierre et de fer rouillé. L'air un peu froid s'alliait à la lumière blanche dans une parfaite harmonie. Les sons résonnaient contre les sépultures humides. Ce léger écho après la pluie finissait de donner à l'atmosphère un caractère étincelant. Impressions de ruisseau aérien, de verte coulée céleste, de neige fondue teintée d'azur...

Tout à mes impressions, les idées de plus en plus vagues, j'avançais, l'esprit noyé dans un trouble exquis.

Distrait, j'en oubliai peu à peu la réalité qui m'entourait. A mesure que je marchais le long des allées bordées de tombes, imperceptiblement je pénétrais dans un autre environnement. Je ne sentis plus la boue collée sous mes semelles. J'avançai encore en baissant les paupières, aveuglé par des reflets solaires de plus en plus vifs. Puis les éclats de l'astre cessèrent. Lorsque je rouvris les yeux, le cimetière avait disparu. Une clarté inhabituelle tombait du ciel. Autour de moi, un espace étrange et sans limite, comme un immense jardin. De ce monde émanait une beauté magnifique, indéfinissable avec des mots humains. De toutes parts rayonnait la Beauté.

Sans m'en rendre compte j'étais arrivé de l'autre côté des choses visibles... Par quel prodige mes pas m'avaient-ils mené jusque dans ce champ de verdure aux allures irréelles ? Cette prairie lumineuse cependant n'était nullement une illusion.

Étais-je mort ?

Impossible ! Meurt-on aussi facilement en marchant ? En rêvassant ? Et puis je ne rêvais pas. J'étais effectivement là, les deux pieds posés sur ce sol bien réel. Aux antipodes de l'humble clos mortuaire que, sans m'en apercevoir, je venais de quitter. Alors, où étais-je ? Quel était ce monde magnifique et énigmatique où je venais de pénétrer je ne sais comment ? Salle d'attente du séjour des défunts ? Antichambre de l'éternité ? Porte de l'Eden ? Venais-je d'être projeté en ces lieux par erreur ou sous l'effet de quelque force inexplicable ?

Mystère.

Toujours est-il que je me suis aussitôt retrouvé étendu dans une allée du cimetière, le front caressé par de molles gouttes de pluie ruisselant de la tombe contre laquelle je gisais, un sentiment cosmique dans l'âme, une persistante, profonde sensation de réalité en moi.

De cette brève, fantastique promenade dans l'Ailleurs je garderai à jamais l'ineffable sentiment, l'infinie nostalgie.

Raphaël Zacharie de Izarra

8 - LE NAIN CRAPULEUX

Dans ma cave vit un drôle de personnage. Sorti des murs, vivant dans les ténèbres, nourri de haine, assoiffé de misère, un nain crapuleux hante ma demeure. Méchant, pervers, sadique, l'intrus ne cesse de me harceler. La nuit il ricane au fond de la cave, le jour il hurle, crache, mord, insulte quand je descends prendre une bouteille ou du charbon. Heureusement il ne sort jamais de son trou.

Parfois, excédé par ses cris, médisances et saletés, je descends lui administrer une correction, un fer rouge à la main. C'est que le nain crapuleux est un vrai diable. Une créature étrange et maléfique, un petit monstre insaisissable, un cafard increvable, un rat des enfers, un fantôme de chair et de sang... Avec ses petits os de canard boiteux, ses sarcasmes sans fin, sa voix nasillarde, le nain crapuleux se loge partout, se cache dans les moindres recoins, se fond avec tout décor et me saute dessus, infatigable, irascible, moqueur.

Il m'arrive de descendre en pleine nuit, un sceau d'eau bouillante à la main. Un cadeau nocturne pour le nain crapuleux... Au matin, j'entends ses insultes qui redoublent. Satisfait de ma vengeance, je le laisse hurler. Dans ses pires moments il lui arrive de monter l'escalier de la cave pour m'insulter à travers la porte entr'ouverte. Il faut que je fasse attention à ce qu'aucun visiteur ne le voie. Ce nain est un furoncle dans ma maison. Cantonné à la cave et ses plus proches abords, le nain crapuleux ne me pose pas trop de problème avec l'entourage. C'est juste qu'il m'importune lorsque j'ai besoin de descendre chercher du bois, une bonne bouteille, des patates ou un sceau de charbon. Mais armé de mon fer rouge, ne ne le crains plus tant que ça avec ses sempiternelles vociférations de diablotin... J'ai appris à éviter ses morsures, à faire un vif écart quand il me saute dessus.

Pour les cris stridents j'ai finalement résolu le problème en insonorisant la porte de ma cave. Depuis j'ai appris à vivre avec cet inquiétant énergumène habitant le sous-sol de ma maison, sans explication aucune, venu là je ne sais comment ni pour quelle raison. Et impossible à chasser. Mais après tout, il n'est pas si terrible que ça, tant qu'il reste à l'ombre en compagnie des araignées et des rats.

Je sais, cela peut paraître extravagant mais c'est ainsi : j'ai un nain crapuleux dans ma cave.

Raphaël Zacharie de Izarra

9 - LE PAPY FUMEUR

Un méchant homme hante mon jardin. L'air débonnaire, ventru, mal rasé, un petit vieux vient fumer quotidiennement sous ma fenêtre. Avec son petit chapeau, ses moustaches courtes et ses épais sourcils, tous les jours il vient cracher sa fumée chez moi en ricanant. Quel que soit le temps, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il gèle, le papy fumeur est là, qui répand son venin volatile.

D'abord il rôde autour de la propriété comme si de rien n'était, puis après quelques minutes de ce manège habituel il pénètre tout naturellement par le jardin et vient directement jusqu'à ma fenêtre. Là, il commence par scruter l'intérieur de la maison de son petit oeil pervers, puis satisfait de voir que je suis là, il entreprend de se rouler sa cigarette en prenant bien soin de ne rien me laisser perdre du spectacle. C'est à ce moment-là qu'il arbore son fameux petit sourire vicieux à travers les carreaux... Et c'est parti pour des heures. Oui, pendant des heures et des heures le papy fumeur grille cigarette sur cigarette, debout sous ma fenêtre sans jamais se départir de son petit sourire vicieux. Mais sa présence importune ne se limite pas à l'activité tabagique, non... Entre deux bouffées il tousse, crache, ricane, fait des ronds de fumée. Il s'amuse encore à salir mes volets en y écrasant ses mégots, dépose ses cendres sur le mastic des carreaux, fait des dessins avec... Bref, durant des heures et des heures, il fait un vrai numéro sous ma fenêtre !

Et moi, tétanisé par le regard narquois de cet invétéré fumeur qui m'épie et que la mauvaise saison ne rebute pas, bien au chaud chez moi je le regarde faire, à la fois fasciné et horrifié. Je passe mes journées à observer cet intrus s'adonnant au tabagisme actif qui m'observe à son tour, tout à son activité malsaine. Enfin le soir vers dix-huit heures il part. J'attends qu'il disparaisse complètement de chez moi. Alors c'est chaque fois le même rite : pestant contre l'infernal petit vieux je sors ramasser avec des gants ses mégots répugnants, dégoûté par les bouts de cigarettes à moitié couverts de crachats. Et je nettoie l'emplacement que le lendemain il viendra salir de la même façon, à la même heure.

J'ignore qui est cet inquiétant papy fumeur et ne cherche plus à savoir qui il est ni d'où il vient. Sa présence me suffit. Et l'idée de l'interroger m'est passée, tant je crains que vexé par mes questions il ne disparaisse de ma vie. En effet, je me suis assez vite rendu compte qu'il meublait mes journées en y apportant un délicieux frisson ainsi que de vertigineuses interrogations. Je crois que sans ce mystérieux visiteur je m'ennuierais ferme dans ma maison. Chaque jour j'attends sa venue, terrorisé et intrigué, impatient et inquiet.

En fait il occupe avec fruit mon existence. C'est pourquoi chaque soir, même si je maugrée, je nettoie de bonne grâce les saletés déposées sous ma fenêtre par l'infatigable fumeur. Jamais je n'ai pu me résoudre à clore l'entrée de mon jardin par laquelle passe le papy fumeur depuis maintenant vingt-cinq ans.

Raphaël Zacharie de Izarra

10 - NOUVELLES DE L'INVISIBLE

Le temps d'une brève léthargie, l'inviolable voile d'éther s'est déchiré : j'ai pu passer la tête derrière le rideau. Juste la tête.

Et j'ai vu.

J'ai vu des nues dorées, des ciels enflammés, des verts pâturages et des oranges amères, des vents infinis et des sables sans fin, des étoiles éclatantes et des lunes sans âmes, des enfers et des paradis mêlés. Rien que des choses qui ne se voient pas en notre monde.

J'ai vu des hommes sans nom, des animaux que l'on désigne avec des majuscules, des papillons bleus, des vermisseaux tétant les astres, des loups sereins et des lucioles en pleine gloire. J'ai vu des rivières givrées, des miroirs sans fond, des puits qui ne tarissent pas, des chemins menant nulle part, des fenêtres qui donnent sur l'ailleurs, des portes ni ouvertes ni fermées. J'ai aperçu je crois quelque trou de l'Univers, effleuré la pointe de l'infini, touché le commencement du Tout avant de le perdre de vue.

Des chevaux translucides par milliers dévalaient une contrée incolore. La terre était blanche, le ciel était blanc, le lac était blanc. La couleur semblait péché. Ce monde était vrai comme le roc. D'autres horizons plus éclatants encore le contredisaient pourtant : des feux aux nuances inouïes brûlaient d'une gloire inextinguible. Étrange enfer de flammes douées de vie... Entités pures, choses passagères, illusions infernales, visions supérieures, sourires d'anges, farces de démons... Comment savoir ? Mais j'ai vu, j'en suis certain.

Des arbres sans sommet défiaient les cieux, des montagnes aux flancs vertigineux s'élançaient vers un soleil recouvrant l'horizon entier, des herbes folles montaient à perte de vue, et les têtes de ces géants se rejoignaient en une sphère céleste monstrueuse et inaccessible.

Des femmes, des femmes qui n'étaient plus des femmes mais des lignes suprêmes, des formes sans chair, dansaient sur des rythmes lents et assoupissants, presque ennuyeux, diffusant autour d'elles les ondes aiguës, vibrantes, voluptueuses d'une mort étrange et belle. Démons ou oiseaux du paradis, j'ignore qui étaient ces conceptions femelles... Mais je les trouvais plus belles que tous les levers de soleils de l'Univers.

Sur son trône j'ai vu l'auteur de ces merveilles éblouissantes et terribles. M'avançant vers lui, je m'apprêtais à lui adresser la parole quand...

Quand je suis revenu à moi.

Raphaël Zacharie de Izarra

11 - INCURTION DANS L'AU-DELA

Lors d'une chute violente j'ai perdu connaissance et suis parti dans l'autre monde. J'ai fait un voyage inouï. Même si je suis resté au seuil de la porte, à l'orée de la Mort, voici le plus lointain, le plus fabuleux voyage qu'un vivant puisse faire :

Lors de mon "coma" j'ai abordé un rivage sans fin. Là-bas rayonne l'universelle Lumière, éclat pur émanant d'une source unique : le Mystère que l'on ne peut nommer. Le ciel était le sol, et le sol était le ciel. Je fus accueilli par des astres radieux et vis des oiseaux au vol éternel formant couronne au-dessus ma tête. Les pensées étaient des éclairs, les mots étaient des prières, les paroles étaient des chants.

Là-bas l'Amour est un flux palpable, une chaleur visible, le sang de tout ce qui vit. C'est une énergie intarissable, un mouvement perpétuel croissant qui se nourrit de ses propres tourbillons et donne des fruits qui ne meurent pas, et qui ensemencent à leur tour. J'ai vu cela avec les yeux de l'esprit.

Il y avaient le pauvre et le riche, l'opprimé et l'oppresseur, le mendiant et le roi. Les premiers lavaient les pieds des seconds, puis les seconds à leur tour s'humiliaient devant les premiers. Les montagnes applaudissaient, j'ai vu ce que je vous dis.

Puis j'ai visité des lieux plus sombres. Là, je me suis penché au-dessus d'un gouffre, je n'en voyais pas le fond. L'abîme contenait l'orgueil, et l'orgueil était vertigineux. Me penchant un peu plus, j'ai cependant pu voir une eau noire au fond. Un visage s'y reflétait et me regardait, tout étonné.

C'était le mien.

Là, un ange est intervenu, me réintroduisant dans mon corps avant que mon âme ne s'en échappe tout à fait, et ce afin que je puisse vous raconter mon aventure.

Les incrédules seront pris en pitié.

Raphaël Zacharie de Izarra

12 - UN FOL ESPRIT

La nuit était profonde, la forêt ténébreuse. En passant sous les frondaisons je fus assailli par mes chimères. Dans le noir apparurent des spectres éclatants. Songes inquiétants ou vent nocturne ? Ces follets sortis de mon imagination m'effrayèrent !

A deux pas de moi, une tombe bras grand ouverts. Là, une gueule béante, crocs acérés. Dans mon dos, un regard diabolique. Sur ma nuque, des pattes velues.

Je luttais contre des feuilles mortes, me défendais contre des branchages, fuyais des ennemis imaginaires. Parvenu au coeur de la sylve, je devins fou. Je me réfugiai au pied d'une souche que je pris pour le crâne d'un géant. J'attendis l'aube dans l'angoisse. Au matin, des bûcherons me trouvèrent.

Lèvres tordues, visage tourmenté, je leur adressai un râle long et sépulcral qui les pétrifia d'horreur.

Raphaël Zacharie de Izarra

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2, Escalier de la Grande Poterne
72000 Le Mans
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